Il se peut qu'un jour quelques décérébrés
quelques mous de la rate rassurés par un titre
viennent t'apporter en format blanc A4
la preuve irréfutable et claire de mon décès.
Ils te diront peut-être le lieu, comment,
dans quelles circonstances, avec qui, depuis quand...
la loi, la science et les banques co-signeront
l'acte par lequel, vois-tu, je ne suis plus.
Peut-être même, comble de l'absurde,
ils te diront, ces ministres du rien,
qu'il te faut signer au bas d'un codicille
Réponds-leur amusée, qu'ils remballent leur preuves
et qu'avant d'avancer que mon nombre est bien clos
il apportent les preuves que j'étais vivant.
Ils te montreront alors sans doute des carnets,
des contrats, des dettes, des photos imprimées,
mes impôts, mes salaires, des PV oubliés,
des dossiers médicaux, des lettres retrouvées.
Ils seront fiers, ces sots, et d'un air satisfait
d'avoir fait leur travail, ils s'en iront ravis.
Laisse-les remettre leur manteau, et puis
demande-leur "mais au fait, c'était qui?"
Ils donneront, suspicieux, mon nom, mes dates,
des données que le temps et l'Etat ont inscrites
et qui font le portrait de celui que je fus.
"Son odeur," diras-tu, "sa voix, ses blagues idiotes?
son regard de rêveur? sa façon de marcher?
Trouverai-je cela dans vos fichus papiers?"
S'ils hésitent, balbutient, et ne peuvent répondre,
s'ils plongent dans les pages leurs yeux de scrutateurs,
s'ils te servent des phrases, s'ils froncent les sourcils
et ricanent moqueurs devant tant d'innocence,
rends-leur le document. Il n'a pas de valeur.
S'ils ne peuvent te dire qui je fus dans tant de jours
si l'acte de décès ne me ressemble pas
c'est que je vis encore. Que je suis encore là.
Sous quelle forme? Courant d'air ou chanson...
Qui me saura? je ne puis rien prévoir...
Viendra-t-on me chercher? Et pour quelle raison?
Après avoir marché, couru, nagé, vogué,
je siffle maintenant, n'en déplaise à certains,
des chansonnettes roses dans cet air si frais.
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