lundi 22 mai 2017

7

J'étouffe. Une main
large, implacable, énorme,
serre de l'intérieur
ma bouche contre mon coeur.

Je ne peux respirer. L'effort
de mes épaules pour s'ouvrir
me ramène au bocal
où le petit poisson rouge
convulsait entre deux eaux.

Un filet d'air, ténu et fragile,
se fraye un passage humide
et maintient dans l'espoir
mes poumons résignés.

Avant de suffoquer, avant
de sentir que le feu de mes bronches
me fait sombrer dans un délire étrange
je convoque mes forces et m'impose
une lente et dernière inspiration
qui me sauve.

Les larmes aux paupières
la rage dans les yeux
les reins exténués
le crâne tambourinant
je reprends vie, sachant
que la prochaine attaque sera
plus dure encore. Et pourtant...

Le ventre blanc, lisse, luisant,
flottait à la surface d'une eau claire et filtrée.
Dans le fond, quelques billes,
un faux coffre en plastique,
des flocons rouges et verts nageant
attendent que le poisson
orange et déjà plus trop rouge
les gobe goulu. Mais non.
Le ventre flottait. Mais le dos
pointait inerte vers le fond,
vers les billes et le coffre.
Le bocal était propre.
Le poisson n'était plus.

La fenêtre est ouverte et moi
je ne sais plus si je suis à l'extérieur
ou dedans le bocal. J'inspire
avec la crainte d'éveiller,
de l'air qui me traverse,
une nouvelle attaque.  Je ferme
les yeux, le front, la conscience,
advienne que pourra.

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